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POUR YVETTE


Le 13 juin 2009 s’est déroulée à la Maison des Loisirs et de la Culture François Truffaut une émouvante cérémonie d’hommage à Yvette Godin qui nous a quittés en septembre dernier.
En présence de Sébastien Meurant, Maire de Saint-Leu-la-Forêt, de Sylvie Leduc, Présidente de la M.L.C. et de plusieurs membres du Conseil municipal a été dévoilée la plaque commémorative de la Salle Yvette Godin en hommage à celle qui fut à l’origine du « Café Philo » qu’elle anima en ce lieu pendant de nombreuses années.
La publication sur notre site Internet du texte de l’émouvante allocution prononcée par Jean-Louis Godin à cette occasion nous permet à nouveau de saluer cette adhérente de la première heure de notre association à la mémoire de laquelle nous avions déjà dédié le numéro 18 de notre revue « Signets ».
Gérard Tardif

« Monsieur le Maire, Monsieur l’adjoint au Maire,
Madame la Présidente, et vous tous mes amis,
C’est avec une profonde émotion que je suis parmi vous ce soir pour inaugurer cette
plaque commémorative apposée ici, à la M.L.C., en souvenir de mon épouse Yvette, disparue
en septembre dernier. Je tiens à remercier du fond du coeur, en mon nom et en celui de mes
enfants Lise et Pierre-Jean, et de mon petit-fils François, tous ceux qui ont oeuvré pour
qu’Yvette soit toujours présente dans cette maison où elle s’est tant investie : Monsieur le
Maire, Monsieur Mary, Maire-adjoint délégué à la Culture, le conseil d’administration de la
M.L.C., et particulièrement sa présidente Sylvie Leduc, et tous ceux grâce à qui cette salle
s’appellera désormais « Salle Yvette Godin ». C’est un honneur pour tous ses proches, et une
joie qui vient adoucir la tristesse de tous ceux qui l’ont connue et qui l’ont aimée.
Cette inauguration est d’autant plus importante qu’Yvette aurait eu 88 ans aujourd’hui,
une cérémonie d’anniversaire en quelque sorte.
Je voudrais aussi souligner que l’appellation « Yvette Godin » d’une salle de la
M.L.C. a une grande valeur symbolique ; il s’agit en effet du lieu où Yvette avait ouvert et
animé un café philo pendant plusieurs années, un lieu très convivial de rencontres, de débats
et d’échanges d’idées.
« Ma philosophie, disait Yvette, part d’un postulat : tout homme contient en lui
quelque chose de positif : ce quelque chose, pour s’exprimer, a besoin de la rencontre avec
les autres ».
Une phrase est inscrite sur la plaque commémorative qui lui est dédiée :
« L’important, ce n’est pas ce que l’on apporte, mais les portes que l’on ouvre ». Cette
phrase, Yvette l’a prononcée un jour que nous discutions tous les deux, il n’y pas tellement
longtemps.
Les portes que l’on ouvre
Rencontrer les autres, c’est ouvrir des portes, c’est rechercher avec eux s’il n’y a pas
un au-dessus, un au-delà, un ailleurs, un autrement à inventer et à construire ensemble. Le
mieux c’est de laisser parler Yvette à propos du café-philo :
Face à tout ce qui risque d’emprisonner notre esprit – croyances, stéréotypes, normes,
interdits, idéologies, idées reçus sans examen, elle écrivait dans le Zèbre, journal de la MLC:
« Il est donc important que nous confrontions nos idées, nos convictions, nos visions du
monde avec d’autres. La diversité des points de vue peut donner lieu à ce qu’Edgar Morin
appelle « un commerce des idées ». Les lieux de rencontre, d’échanges et de confrontation,où chacun peut à la fois écouter et s’exprimer, nous aident à gagner un peu plus de liberté
d’esprit. N’est-ce pas la première liberté ? »
Yvette disait aussi :
« Il n’est pas sans intérêt d’offrir des moyens culturels « qui déroutent », c'est-à-dire qui
dévoilent d’autres routes, mettent en évidence d’autres aspects des personnalités, ouvrent
des champs de réflexion ou d’émotion. »
Elle ajoutait avec humour :
« Je cherche à appliquer une sorte de « maïeutique », que Socrate me pardonne cette
outrecuidance !».
Ces idées, elle les a mises en pratique pendant toute sa vie professionnelle, notamment
lorsqu’elle a eu des responsabilités importantes à la Sécurité Sociale dans le domaine de la
formation des cadres, ou quand elle a animé ou co-animé des séminaires de cadres ouverts à
toutes les professions.
Elle écrivait, je cite :
« Dans ma profession, j’ai été amenée à appliquer les méthodes de Carl Rogers, qui ont
notamment pour but de faire sortir d’un groupe toute la richesse et la diversité dont il est
porteur (parfois à son insu).»
Une femme d’action
On l’a compris, la philosophie d’Yvette était profondément humaniste. Mais elle
pensait en outre que - Je lui laisse encore la parole- : « si l’humanisme est une culture, il doit
être aussi une action ». Aussi s’est-elle fortement impliquée dans la vie associative. Au cours
de sa vie, elle aura adhéré à une trentaine d’associations, certaines au niveau national, d’autres
à l’échelon local. C’est dire qu’il est impossible de les citer toutes.
Voulant participer à la vie culturelle locale, elle a siégé notamment au Conseil
d’Administration de l’Office Culturel, alors présidé par Daniel Marty, puis au CLAC (comité
de liaison des associations culturelles) présidé par René Dupré.
Parmi toutes les associations dont Yvette a fait partie comme membre actif, je
voudrais simplement m’arrêter un instant sur celles dans lesquelles elle s’est le plus investie.
La défense de la cause des femmes
Pour elle, l’humanisme devait se préoccuper de toutes les injustices et c’est là le sens
de son engagement dans le syndicalisme et de son engagement à gauche. Mais le combat de
sa vie fut le combat féministe.
Née en 1921, Yvette a connu cette époque où le code civil faisait de la femme mariée
une mineure et ne concevait les femmes qu’en fonction d’une tutelle masculine, celle du père
ou de l’époux.
Toute jeune, elle a voulu s’émanciper et a commencé des études de Droit. Les filles
étaient alors peu nombreuses dans l’amphithéâtre. Un jour que les garçons faisaient du
chahut, le professeur déclara « il y a ici des demoiselles qui seraient mieux dans un salon de
thé que dans cet amphithéâtre ! ». Voilà qui stimula chez elle un féminisme naissant. Après
une année en fac de Droit, elle a continué ses études en travaillant. Imaginez un peu : c’est
l’été. il fait beau. Nous sommes amoureux. Elle s’enferme durant toutes nos vacances dans
une pièce aux volets clos pour étudier et obtenir sa licence en Droit.
Elle prend conscience qu’il faut agir : elle milite dans des associations féministes (j’en
ai compté 6). Elle manifeste, écrit à des militantes et à des écrivains, à des députés et à des
ministres, à des linguistes et à des historiennes.
Elle échange des correspondances avec des personnalités féminines, j’en cite quelques
unes : Madame Simone Veil, à l’époque députée au Parlement européen, Mmes Michèle
Perrot et Catherine Marand-Fouquet, historiennes, Madame Danièle Mitterrand, présidente de
l’association « France libertés »,Mme Michèle André, secrétaire d’Etat au Droit des femmes,Mme Françoise Gaspard, députée maire qui représentait la France à la commission de la
condition de la femme à l’O.N.U., et Mme Rey Desboves, secrétaire générale de la rédaction
du dictionnaire « Le Robert ».
Elle participe à de nombreux colloques dont les thèmes se passent de commentaires :
« La démocratie à la française ou les femmes indésirables », « La démocratie sans les
femmes : une démocratie inachevée », « Femmes dans la prise de décision », « Stratégie pour
un pouvoir politique des femmes ».
Elle écrit aussi à des journalistes du « Monde », de « Libération », de « Vendredi », du
« Nouvel Observateur ».
Elle prend part à des manifestations et notamment à celle organisée en 1989 place du
Panthéon, pour que soient transférées dans le monument les cendres de trois femmes
célèbres : Berthie Albrecht, Olympe de Gouges et Marie Curie.
Autre action, cette fois à Saint Leu : une rue de notre ville portait le nom de Pierre
Curie, en oubliant Marie Curie, autre grande scientifique, double prix Nobel. Yvette prend des
contacts avec la Municipalité, en particulier avec Daniel Marty (adjoint au maire chargé de la
culture) pour que Marie Curie soit honorée dans notre commune au même titre que son mari.
Et aujourd’hui, une école de Saint Leu porte son nom.
Je rappelle enfin que pendant plusieurs années Yvette et moi avons organisé à Saint-
Leu tous les ans au mois de mars une rencontre-débat à l’occasion de la Journée internationale
des Femmes.
Yvette resta attentive à la cause des femmes jusqu’à la fin de sa vie. Voici ce qu’elle
écrivait en juin 2007 à Florence Montraynaud, journaliste et spécialiste de l’histoire des
femmes :
« Je peux toujours continuer à écrire alors qu’il m’est difficile de me déplacer (…) Je
continue à m’intéresser à la cause des femmes, et notamment à débusquer, dans les mots,
ce qui a contribué et contribue encore à favoriser les discriminations. »
Amnesty International
Un autre combat qui lui tenait à coeur, c’est celui de la défense des droits humains au
sein d’Amnesty International. Toujours cohérente avec ses autres engagements, elle fut le
relais de la commission femmes pour notre groupe « Ile-de-France-Nord » qui se réunit à
Saint-Leu. L’objectif de cette commission est notamment de faire reculer les violences faites
aux femmes dans le monde entier.
Ecrire n’était pas difficile pour Yvette ; en revanche, s’initier à l’informatique, et
travailler sur ordinateur à près de 80 ans, a été pour elle un vrai défi, qu’elle a relevé avec
succès !
En juin 2007, elle écrivait : « Je cherche à conserver mon activité au sein d’AI dont
la devise est « écrire contre l’oubli ».
L’importance des mots
Je voudrais maintenant revenir à ce qui nous rassemble aujourd’hui. Il n’est pas anodin
que quelques mots figurent sur la plaque près du nom d’Yvette ; car les mots avaient pour elle
une extrême importance.
Dans ses propos, dans ses écrits, elle s’attachait toujours à employer le mot juste. Elle
savait que les mots peuvent être trompeurs. Le problème de la signification des mots, de leur
relation avec la réalité qu’ils sont censés exprimer, passionnait Yvette et stimulait sa
réflexion.
Dans un de ses livres, Camille Laurens écrit à propos de son amour des mots
« J’entretiens cet amour comme un feu ». Yvette aurait pu dire la même chose.
Elle aimait le « commerce des mots » de façon jubilatoire, dans les débats d’idées,
dans les discussions, dans les textes littéraires et poétiques, dans les correspondances qu’elle
conservait précieusement.
Elle était aussi passionnée de littérature, et notre maison est pleine de livres, qu’elle
aimait lire, relire, annoter. C’est pourquoi elle a créé et animé pendant une dizaine d’années
un atelier de lecture, dans le cadre de l’Office culturel à la Maison pour Tous.
Elle entretenait par ailleurs des relations amicales et fructueuses avec Nelly Bernard,
responsable de la bibliothèque, ainsi qu’avec les bibliothécaires, en particulier Françoise
Pascal, et Olivier Plantecoste. Membre de l’association « les Amis de la bibliothèque », elle
lisait avec plaisir la revue « Signets ». Elle aimait aussi jouer avec les mots, au cercle de
scrabble de Saint Leu ou à la maison.
Je voudrais dire aussi que pendant une vingtaine d’année, sans jamais s’interrompre,
elle s’est chargée de faire régulièrement la lecture à Dominique, une jeune femme handicapée
qui réside au foyer de la Maison d’Accueil Spécialisée de Saint Leu : une autre manière
d’ouvrir des portes et de partager le plaisir de lire.
Sur la plaque que nous inaugurons aujourd’hui, des mots sont inscrits, reliés pour
longtemps au nom d’Yvette.
Des mots porteurs de sens et de vie, pour elle, et je crois pour nous tous, des mots en
signe d’écoute, de compréhension, de tolérance aussi, des mots qui résonnent pour que dans
cette maison, d’autres mots, les vôtres peut-être, continuent à circuler et courir comme l’eau
vive, encore très longtemps.
Pour terminer, je voudrais lire quelques extraits d’un poème d’Amina Saïd qu’Yvette a
beaucoup aimé. Le titre de ce poème est « j’écris » :

« J’écris
« J’écris parce que le monde
n’est pas une rumeur derrière la vitre
et qu’ailleurs tout près
des hommes, des femmes, des enfants
meurent de la folie des hommes.
J’écris parce que nous habitons une seule terre
et que le ciel n’est point notre demeure.
J’écris pour sauver les mots vrais
qu’ils gardent le regard clair
les mots qui sur la page
illumineront ceux qui nous viendront aux lèvres.
J’écris au dos de la mort
J’écris contre le temps qui nous défait,
se crée, se recrée.
J’écris pour faire oeuvre de vie
Parce que le chant humain
est l’arbre qui nous élève
et que personne ne peut se passer
de ces fruits de lumière »


Jean-Louis Godin
 

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