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WANDA LANDOWSKA
 

 

 


 

 

 

 

 

Ruggero Gerlin

 

 

 

 

 

 

Autographe de Wanda montrant le parc et la salle de musique

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 








 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
Autoportrait 1943
Collection Diane Deriaz
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ILS VECURENT A SAINT-LEU
WANDA LANDOWSKA (1879-1959)


Vous savez vraisemblablement que Saint-Leu s’honore d’avoir accueilli entre 1925 et 1940 la célèbre claveciniste WANDA LANDOWSKA (1879-1959). Elle vécut au numéro 88 de la rue de Pontoise, devenu aujourd’hui le 154 de la rue du Général de Gaulle, dans une belle villa en pierre meulière qui est toujours visible. Le Collège de la ville porte également son nom.

La maison de Wanda Wanda aux claviers

Mais connaissez-vous les détails de sa carrière ? Elle qui disait à ses admirateurs : « N’écrivez pas à mon propos, écoutez plutôt ma musique. Elle vous dira qui je suis ».

Wanda naquit à Varsovie le 5 Juillet 1879 et débuta le piano à l’âge de trois ans sous la direction de Kleczinsky puis du grand virtuose Michalowski. A l’âge de seize ans, elle quitte Varsovie pour Berlin, haut lieu de la composition musicale de l’époque. Elle y étudie avec Urban. Sur les conseils d’Henri Lew, son futur mari, elle s’installe à Paris en 1900. Avec ce spécialiste du folklore hébraïque elle se consacre au renouveau de la musique ancienne et du clavecin. Elle l’épouse le 10 Mai 1900.

Paris, à l’aube du nouveau siècle, « est une fourmilière des Arts », écrit Daniel Marty dans sa brochure « Une Dame nommée Wanda ». Elle va y trouver un cercle d’amateurs éclairés partageant sa passion, notamment Debussy, Fauré et Vincent d’Indy, fondateur de la Scola Cantorum (pour la petite histoire, le même Vincent d’Indy tint les grands orgues de l’église Saint Leu - Saint Gilles entre 1875 et 1878).
Charles Bordes, Alexandre Guilmant
et Vincent d’Indy fondateurs de la
Scola Cantorum

Le clavecin deviendra très vite l’instrument de sa vie. A sa demande, la firme Pleyel lui construit un grand clavecin de concert  « à l’ancienne » qu’elle inaugure au festival Bach de Breslau en 1912.

 
Wanda jouant dans l’atelier de Rodin

Elle va bientôt, comme pour une croisade, entamer une campagne promotionnelle pour le renouveau de cette musique oubliée, à Berlin, où une chaire lui est spécialement attribuée à la Hochschule de 1913 à 1919 et à Paris où elle donne des cours à l’Ecole Normale de Musique. Jusqu’à la guerre, elle parcourt l’Europe : Italie, Autriche, Espagne, Suisse et Russie, faisant partager aux mélomanes de tous ces pays ses découvertes du répertoire, visitant bibliothèques et musées afin d’y parfaire ses connaissances techniques. En 1923, lors d’une tournée aux Etats-Unis, elle enregistre ses premiers disques pour la société « Victor ». C’est en Septembre 1925 qu’elle achète la maison de Saint Leu et qu’elle décide d’y implanter une école de musique ancienne. Dans le petit parc, à l’arrière de la demeure, grâce à une extension de terrain, est inaugurée en 1927 une petite salle de concert de trois cents places.

Denise Restout, sa fidèle compagne et assistante, évoque ainsi ce « Temple de la Musique » : « La maison était située dans la banlieue de Paris. Elle comportait trois étages et un délicieux jardin. Wanda décida de construire une petite salle de concert au fond du parc. Il devait recevoir trois cent personnes et il y donna chaque été une douzaine de concerts suivis de douze cours publics magistraux. Les étudiants venaient du monde entier et il ne s’agissait pas que de clavecinistes mais il y avait aussi des chanteurs, des flûtistes et toutes sortes d’autres catégories de musiciens. L’assistance était également composée d’écrivains qui ne venaient que pour entendre Wanda s’exprimer dans son merveilleux français, même s’ils n’étaient pas toujours très férus de musique. Elle avait certes un accent polonais mais si raffiné ! Elle avait de nombreux amis qui étaient de grands écrivains et qu’elle fréquentait depuis plusieurs années : René Lalou [célèbre universitaire, critique et traducteur d’avant-guerre, auteur entre autres d’une Histoire de la littérature française et d’une Histoire de la Poésie française], André Rousseau, Colette.

Wanda à l’entrée de sa salle
de concert de St Leu
J’ai conservé une lettre de Colette. Elle connaissait aussi très bien Virgil Thomson [compositeur et critique musical américain qui suivit à Paris les cours de Nadia Boulanger 1887-1979, compositeur et chef d’orchestre qu’on a parfois considérée comme rivale de Wanda bien qu’elle fut plutôt organiste que claveciniste]… Poulenc était un invité régulier [voir ci-dessous], de même qu’Alfred Cortot, qui lui envoya ses élèves afin qu’elle leur enseigne Bach… Avant d’acquérir St Leu, elle était professeur à l’école de Cortot à Paris [l’Ecole Normale de Musique]…. » (Denise Restout- Entretien avec Allan Evans 1996).

Les élèves se bousculent pour assister aux cours publics ou s’imprégner des oeuvres de Bach, Scarlatti, Mozart ou Couperin. Ils logent dans les pensions de famille « Les Tamaris » et « Les Edelweiss ». Jusqu’en 1939 elle forma, chaque été, la nouvelle génération de clavecinistes (Gerlin, Kirkpatrick, Puyana, Curzon, Van de Wiele…). De 1925 à 1928, elle enseigne l’hiver à Philadelphie, au Curtis Institute.

Manuel de Falla avait composé pour elle, dès 1923, « el Retablo de Maese Pedro », première œuvre contemporaine introduisant à nouveau le clavecin. Il lui dédia le « Concerto pour clavecin et cinq instruments » en 1926 et Poulenc le « Concert champêtre pour clavecin et orchestre » qu’elle crée en 1929.

De gauche à droite : Francisco Garcia Lorca, A.Luna, Carmen de Falla, Federico Garcia Lorca, Wanda et Jorge Segura A Madrid le 27 Mars 1920

 

Ce dernier morceau évoque, selon Poulenc, les promenades en forêt de Saint Leu. Il lui écrit ainsi : «  Les cerises de votre jardin de Saint-Leu se retrouvent dans ma bouche … Je confesse en avoir dérobé un certain nombre à l’époque quand je n’étais qu’un apprenti musicien. Alors que je me demande chaque jour si ma musique survivra, je me souviens que vous m’aviez donné l’illusion qu’il en serait ainsi. Pour cela, soyez remerciée du plus profond du cœur. » (cité par Denise Restout dans l’interview ci-dessus référencée).
En 1933, elle donne la première audition publique du XXe siècle de l’intégrale au clavecin des « Variations Goldberg » de Bach. En 1935, la salle de musique de Saint Leu se transforme en studio d’enregistrement pour la Société du Gramophone. Jusqu’aux prémices du grand conflit mondial, Wanda poursuit activement concerts et voyages (Scandinavie, Maroc, Amérique du Sud, Egypte…). Au début de 1939, elle doit annuler concerts et cours à St Leu pour la future saison d’été. La guerre est là. Indifférente au bruit des bottes et aux menaces qui la guettent, elle enregistre jusqu’en Mars 1940 où, lors d’une prise de son pendant la transcription des sonates de Scarlatti, un tir de DCA résonne … Il restera gravé éternellement sans altérer le tempo de l’artiste.

 

Le 10 Juin 1940, elle doit quitter précipitamment Saint-Leu avec en tout et pour tout deux valises. Denis Restout évoque cet exode dans un récit imagé : Je ne résiste pas à vous citer l’intégralité du récit imagé que fait Denis Restout de cet exode : « Nous quittâmes St Leu en 1940. Le début de la guerre fut une période étrange, vous ne saviez pas vraiment ce qui allait se passer. Tous les Français l’avait alertée, lui demandant de partir, car bien qu’elle fut naturalisée Française, elle était née en Pologne et il y avait une chose qu’ils n’aimaient guère c’est qu’elle fut d’origine juive. Ses parents et grands-parents s’étaient convertis mais ce n’était pas un critère suffisant pour échapper aux Nazis. En plus tout le monde savait qui elle était et ce qu’elle possédait dans ses magnifiques collections d’instruments anciens et dans sa bibliothèque d’environ 10000 ouvrages ou manuscrits. Ils étaient très intéressés par tout cela. Wanda elle-même n’était pas consciente du danger immédiat et souhaitait rester à St Leu. C’est lorsque nous entendîmes les bruits de tirs à une vingtaine de kilomètres que nous comprîmes qu’il était temps de partir. Nous entassâmes quelques vêtements, quelques livres et partitions dans des valises. Avec deux valises pleines, nous roulâmes vers le Sud jusqu’à une ville des bords de Loire, conduites par un ami. Après une nuit à l’hôtel, nous fûmes alertées par un de ses étudiants qui vivait là-bas et nous annonça, pâle comme un linge : Vous ne pouvez plus rester, Les Allemands arrivent, Ils sont déjà à Paris! Nous ne savions que faire ; je me rendis à la gare, espérant y trouver des trains pour le Sud. Il y avait des centaines de personnes et pas de train. Je cherchais à louer une voiture sans succès. J’étais désespérée. J’eus alors l’idée folle de partir à bicyclette avec Wanda sur le porte-bagages. Ce serait toujours mieux qu’à pied. Dans la cour de la boutique de vélos se trouvait une splendide voiture et je demandais : « Elle vous appartient ? ». Le chauffeur était sur le point de transporter des passagers vers Paris et j’offris plus afin qu’il nous emmène vers le sud. Vous devrez partir tôt, à quatre heures demain matin, il y a beaucoup de circulation … Wanda dit : « Quatre heures du matin ?? » C’était au dessus de ses forces mais pour une fois je fus désagréable : « que cela plaise ou non, nous partirons à quatre heures ! » C’était un oiseau de nuit, elle n’aimait travailler que la nuit…Nous atteignîmes Montaubon (sic) où nous avions des amis, trouvâmes une chambre mais les nouvelles empiraient …Nous gagnâmes les Pyrénées, à Banyuls sur Mer, où Wanda retrouva son ami le sculpteur Aristide Maillol [il y avait son atelier ; il y est enterré].

 

C’est à New York, puis à partir de 1947 à Lakeville dans le Connecticut, qu’elle reprendra sa carrière à plus de soixante ans. C’était une maîtresse femme, passionnée au point d’exiger de la police américaine qu’elle fermât quelques heures la route passant derrière sa maison, le temps de terminer un enregistrement. On lui prête également cette réplique adressée à sa grande rivale Rosalyn Tureck, elle aussi spécialiste de Bach : « Chère Rosalyn, il y a bien peu de différence entre vous et moi. Voyez-vous, vous jouez Bach à votre manière, moi je le joue à Sa manière !! ».

Elle donnera son dernier récital à soixante-quinze ans. Elle s’éteindra le 16 Août 1959. Dans ses dernières volontés elle traduit sa nostalgie de la vallée de Montmorency : « Je désire être incinérée. Déposez mes cendres dans mon caveau à Taverny auprès de mon frère Paul ». C’est ce qui sera fait.

PILLAGE

La maison de Saint Leu fut pillée et dévastée par les Nazis, nous l’avons vu. Dans le documentaire télévisé de Barbara Attle de 1997 rediffusé par TV5 le 2 Janvier dernier, Wanda évoque la pérégrination de son clavecin Pleyel abandonné dans la propriété ; après le débarquement, elle demanda à l’un de ses amis de l’état-major allié, Dora Conrad, d’effectuer des recherches pour retrouver l’instrument. Il fut identifié, à l’abandon dans un château de Bavière, où il trônait dans le mess des officiers, poussiéreux et recouvert de bouteilles vides. « Tu as réveillé ma vie » dira-t-elle à son ami après les retrouvailles émues. « Chaque fois que je jouerai sur ce clavecin, je penserai à toi ! »

Le 1 er Janvier 2005, une vente aux enchères a été organisée par « Bradford’s Galleries » à Sheffield, Massachussets, pour du mobilier ayant appartenu à Denise Restout, dont une partie lui avait été légué par Wanda, et provenant de sa propriété de Lakeville. Dans le communiqué officiel annonçant l’événement, il est cependant spécifié que les clavecins Pleyel et Challis, le piano Steinway, ainsi que tous les documents et manuscrits personnels relatifs à la célèbre instrumentiste, sont désormais rassemblés à la Bibliothèque du Congrès, dans le Département de Musique, pour « être mis à la disposition des futures générations ». Le clavecin voyageur de Saint Leu figure probablement dans cet ensemble et pourra donc reposer en paix à l’abri des coffres de l’état américain pour des lendemains plus sédentaires !

 

PLEYEL

Savez-vous que la célèbre maison Pleyel dont il a été question et dont la renommée en faisait l’une des rares firmes susceptibles de satisfaire les exigences techniques de Wanda, lors de la restitution des modèles de clavecin d’époque, savez-vous donc qu’elle fut créée par IGNACE PLEYEL en 1807. Fils d’instituteur, Ignace Joseph Pleyel naquit le 18 Juin 1757 à Rupperstahl en Basse Autriche. Il fut l’un des compositeurs européens les plus populaires de la musique instrumentale et aussi bien sûr l’un des plus grands facteurs de pianos de son temps. Un de ses maîtres fut Haydn. Il fut nommé directeur de l’école de musique du cardinal de Rohan à Strasbourg et maître de chapelle de la cathédrale à partir de 1789. C’est en France qu’il composa la majeure partie de ses œuvres avant de gagner Londres en 1791 où il triompha aux côtés de son professeur Haydn.

De retour à Paris, c’est dans son salon de musique de la rue Cadet, la future salle Pleyel, qu’il présenta ses premiers instruments à ses amis musiciens et acquit progressivement une réputation européenne. Il céda progressivement ses affaires à son fils Camille afin de consacrer ses dernières années à l’agriculture dans son domaine de Saint-Prix où il mourut le 14 Novembre 1831. Une rue de Saint Leu porte d’ailleurs son nom. Nous revenons toujours à la vallée de Montmorency …

O. LARRONDE

Musique et poésie se rejoignent bien souvent, même dans notre Panthéon des célébrités saint-loupiennes ! Wanda la musicienne peut ainsi retrouver le poète quelque peu tombé dans l’oubli et qui fait pourtant partie de nos personnages illustres, OLIVIER LARRONDE, né à La Ciotat le 2 Août 1927 et dont on célèbre cette année le quarantième anniversaire de la mort le 2 Novembre 1965.

Olivier Larronde écrivit peu dans sa courte vie mais son oeuvre est d’une intensité marquante ; elle se compose de trois ensembles poétiques :

-« Les barricades mystérieuses »
-« Rien voilà l’ordre »
-« L’arbre à lettres »

Olivier et Wanda n’ont jamais pu se croiser dans les rues de notre commune, puisque Olivier n’y arriva qu’en 1942, mais ils sont sûrement très proches … La magie des mots rejoint celle de la mélodie… Et ne trouve-t-on pas chez Olivier une série de poèmes intitulés « Morceaux pour orgue » ! (dans « Rien voilà l’ordre »). Je ne résiste pas à l’envie de vous citer celui intitulé « Fugue » :

« Retirez-vous mon cœur d’un si grave appareil
D’après, d’avant, les coups ont entre eux l’étincelle
Constant, le choc muet de la mort vous cisèle,
Cœur vanté…brûle…soûle un atroce organiste.
Va belle main écrite où l’idée s’organise
Déchire l’encre en moi quand le reste appareille. »

Mais surtout le titre du premier ouvrage d’Olivier « Les barricades mystérieuses » se retrouve, à l’identique, dans l’œuvre du compositeur redécouvert par Wanda, François Couperin (1668-1733) dit « le Grand », pour le situer dans une famille qui donna tant de talents, très exactement dans son Deuxième Livre pour clavecin datant de 1717. Alors, coïncidence ou volonté du destin d’associer les deux célébrités ? A chacun de trouver son explication rationnelle ou non …Car, pour couronner le tout, ce cher Couperin écrivit aussi une charmante pièce intitulée Musette de Taverny ! La boucle est définitivement bouclée…Notre petit coin d’Ile de France est imprégné à tout jamais par ces talents.

Olivier, que l’on surnomma le Rimbaud du 20° siècle brûla la vie. Après une enfance idyllique partagée entre le bel appartement de Saint Germain des Prés et les vacances dans la maison familiale du bassin d’Arcachon, vint 1939, la guerre, la mort du père et l’errance pour la famille qui ne retrouva Paris en 1942. Olivier fut placé au collège de Bury, proche de Saint Leu, où sa famille maternelle possédait une charmante maison. Il rejette vite « l’enseignement débile qu’on lui débite ». Il s’en explique par écrit dans une lettre à sa mère (qui sera lue, le 5 Juillet 1985, par Roland Dubillard, lors de l’inauguration du  Mail Olivier Larronde à Saint-Leu) :

Il n’aura qu’une seule amie à cette époque, Diane Deriaz, une petite voisine qui lui consacra d’émouvantes pages dans son livre de souvenirs, La tête à l’Envers : « Pour moi, c’était un prince, radieux, gai, qui jouait sur les mots avec une rapidité un peu semblable à la vitesse des patins à roulettes sur lesquels nous nous envolions. »

Une nouvelle tragédie survint en 1941, le décès de sa sœur adorée, Myriam, retrouvée morte au petit matin. Fin 1943, Olivier monte à Paris, décidé à forcer la porte de Jean Cocteau qui « lançait » disait-on les jeunes écrivains. Il rencontre Genet chez Cocteau, lequel convainc le maître du vrai talent d’Olivier. Cocteau fit publier la première édition des Barricades Mystérieuses. Larronde avait dix neuf ans. Il était lancé. Il se vit ouvrir les pages de la célèbre revue L’arbalète, qui est aussi le nom d’une maison d’édition lyonnaise, dirigée par Marc Barbezat, de la même famille que celle des dirigeants du groupe chimique Gifrer et Barbezat (Olivier tira d’ailleurs du nom de l’Arbalète le titre de son troisième volume, L’arbre à lettres).

Rien voilà l’ordre  (anagramme du nom du poète) parut, toujours chez l’Arbalète, illustré de trente et un dessins de Giacometti, en 1959. Son troisième recueil L’arbre à lettres sortit six mois après sa mort en 1966. Durant ces années d’après-guerre, les surréalistes sont à leur zénith. Larronde fait la tournée des popotes pour parfaire sa connaissance des poètes de renom : Aragon, Eluard, Char, Queneau, Leiris. Partout il laisse un souvenir inoubliable. Valéry lui promet l’Académie, Poulenc (encore lui, voici un second point commun avec Wanda) lui propose de faire un opéra. Olivier n’appréciait qu’un musicien Bach : « Bach était son musicien préféré, presque unique » écrit Jean-Pierre Lacloche. Encore un point de convergence avec Wanda !

Larronde va traîner une réputation sulfureuse de « second couteau », de gosse de riche, un brin dilettante et ce, malgré les louanges de certains de ses contemporains. Jean Cau le décrivit comme « l’archange poète de l’après-guerre, couronné de génie, de grâce, de jeunesse, de folles insolences, d’incroyables culots, de beauté déchaînée. » Cocteau dit de lui : «  Ce sourd, cet aveugle, ce boiteux retrouve dès qu’il récite ses poèmes un incroyable aplomb. Un élément animal le transfigure et provoque sa métamorphose : voilà que cet inapte, noué de fond en comble, se dénoue, parle, voit, écoute, bouge ses mains et ses pieds avec l’aisance que provoque le songe… Il me semble difficile d’imaginer un meilleur exemple de ce dramatique porte-à-faux, de cette grâce qui expose celui qui la possède à la pire des solitudes. »

Partagé entre voyages, croisières, escapades luxuriantes dans l’île de son ami Jean Pierre Lacloche, sur la Seine, aux pieds de Château Gaillard, il avouait ne trouver qu’un seul inspirateur ayant grâce à ses yeux, Stéphane Mallarmé, dont il écrivit : « Que reste-t-il après lui ? Il a tout dit ! » Puis ce sont les signes avant-coureurs du haut mal, l’opium qui révèle ses bienfaits et apporte l’apaisement. On le trouva mort, solitaire, au matin du 2 Novembre 1965 dans son logement de Saint Germain des Près. Il repose à Samoreau, en Seine et Marne, tout près de la tombe de Mallarmé.

« Fais taire cette angoisse et détourne ton ire

Quand le bras d’Actéon prépare un sanglot pire

Pour le sein de la Grèce et ses yeux défiés

Qui vont pleurer le sang d’espoirs crucifiés.

Mille cœurs de concert battent la même alarme

L’orage de tant d’yeux jette la même larme. »

(L’arbre à lettres - 2° poème)

Il vient de renaître de l’oubli grâce à Angelo Rinaldi qui est parvenu à faire ressortir ses œuvres complètes. (cf Revue Histoires Littéraires n°12 Oct 2002)

Gérard Tardif.

Bibliographie sommaire :

Sur Wanda, n’omettez pas de consulter la très intéressante brochure que lui a consacrée Daniel Marty et l’Association des Amis de Wanda Landowska : « Une Dame nommée Wanda » publiée par la Ville de Saint Leu la Forêt et disponible auprès su Service Communication.

Sur Olivier, Jean-Pierre Lacloche a rédigé, en prologue à ses Œuvres poétiques Complètes (Ed. Le promeneur 2002) une « Brève vie d’Olivier Larronde » dont je me suis amplement inspiré. Le volume inédit « L’ivraie en ordre » rassemblant notes, fragments, poèmes datant de 1958 à 1965 est également disponible aux Ed .Le Promeneur.

N’hésitez pas à emprunter ces ouvrages à la Bibliothèque Albert Cohen qui possède aussi le livre de souvenirs de Diane Deriaz « La tête à l’envers » (Ed.Albin Michel 1988).

Gérard Tardif

Voir conférence du 24 mai 2008 (cliquez sur l'image)

 

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