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QUE FAIRE DU TREMA ?

 

Le mois de décembre prête à l'agitation : préparation des livrets scolaires, courses échevelées dans des magasins surpeuplés, décorations et illuminations à installer... Si cette fièvre nous gagne tous, nos enfants sont sans doute les premiers touchés car ils nous sollicitent depuis quelques jours pour les aider à rédiger leur lettre au père Noël… En bons parents que nous sommes, soucieux de l'exactitude orthographique du courrier de nos bambins, nous veillons à leur rappeler : « N'oublie pas le tréma sur l' « e » de Noël  ! »

En effet, si le père Noël porte barbe blanche et robe rouge, bottes fourrées et hotte garnie, il porte aussi sur son nom, comme un bonnet saupoudré de neige, ce petit signe discret et si rare qu'est le tréma.… En effet le tréma ne passe pas pour le trublion de la classe ! Nos écrits ne se heurtent pas fréquemment à un problème de tréma, alors qu'ils souffrent presque à chaque ligne d'un redoublement de consonne incertain ou d'un accord de participe machiavélique...

Pourtant, notre tréma n'est pas tant le bon père tranquille qu'il paraît. En effet, le tréma est un signe indiquant que la voyelle qu'il couvre doit être prononcée et non liée à la voyelle qui précède. Ainsi la prononciation distingue clairement « mais » et « maïs ». On comprend que l'on doit prononcer de façon distincte les voyelles « a » et « i » dans le cas de la céréale, alors qu'elles s'assemblent pour donner un son unique pour la conjonction. D'une manière générale, le tréma ne cause guère de souci, il couvre souvent un ï ou un ë facilement identifiable, comme dans « haïr », « paranoïa », ou encore « canoë ».

Cependant, il est quelques exemples où la place du tréma apparaît plus incongrue, notamment quand il se place sur un « e » muet. Ainsi aigu, ambigu ou encore exigu s'écrivent au féminin aiguë, ambiguë, exiguë... Que vient donc faire ce tréma sur l' « e » silencieux, alors que l « u », normalement inaudible après un « g », devient ici sonore ?

De la même façon, dans leurs dérivés, comme « ambiguïté » ou « exiguïté », on le trouve sur un « i » qui serait de toutes façons prononcé, même si on l'écrivait « ambiguité », alors qu'il doit indiquer l'obligation de dire l' « u ». Il y a là incontestablement une perte du sens du tréma par rapport à sa fonction, car dans chacun de ces exemples, il se place sur une lettre qui ne devrait pas marquer et ignore celle qu'il devrait chapeauter.

En 1990, les experts regroupés pour proposer des rectifications orthographiques ont considéré que ces anomalies n'avaient plus de légitimité et qu'il convenait de remettre le tréma à sa place. On peut donc aujourd'hui, sans s'attirer les foudres de l'Académie, écrire que l'attitude de tel personnage est ambigüe, ou bien que Paul a trouvé l'hôtel de bonne qualité malgré l'exigüité de sa chambre.

La position de l'Académie sur cette question a du reste connu quelques revirements. Si en 1975, elle acceptait déjà cette orthographe, en 1987 elle revenait sur cette liberté, exigeant le respect de l'orthographe classique. Aujourd'hui, elle fait sienne la proposition de rectification. Il était temps de lever l'ambigüité…

Olivier HAENEL

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